Twitter et la guerre

   
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La puissance d'étincelle du tweet s'est beaucoup transformée.

Le lecteur de tweets de 2017 ne lit pas la même « matière écrite » que celui de 2006-2010.Le « texte » était contenu en 140 caractères et n’était relié au cybermonde que par un ou des liens (des signes écrits donc) , qui pouvaient renvoyer vers des images ou des videos (que l’on pouvait décider d’appeler ou pas, de voir ou pas) . Mais dès qu’elles ont été autorisées, les images se sont installées sur ce même territoire  et dès lors très peu de tweets restent en simple texte. Et comme l’image saute aux yeux tandis que le texte, si court soit-il, demande plus de temps de lecture c’est un peu comme si le texte, dans la grande majorité des tweets, devenait l’arrière-plan de l’image. Quand il s’agit de video, on se trouve très vite encore plus loin du peu de texte qui ouvrait le tweet. Ce ciblage de l’attention au profit du « visuel non écrit » est une première différence. C'est surtout la fin de la forme spécifique (140 caratères) qui a ruiné l'originalité de départ de Twitter tandis que les habitudes prises quasi historiquement (10 ans c'est une longue période sur l'Internet),persistaient. Et d'une certaine façon, Twitter est devenu un media comme les autres, perdant tous les avantages du style elliptique.

Mais, par un sorte d'ironie du destin, le style percutant congédié officiellement l'an dernier s'est mis à faire retour sous l'effet de la pression constante de l’immédiateté. Une grande majorité de twittos se sont mis à écrire de plus en plus à propos des actualités les plus dominantes -souvent politiques- en même temps que les politiques s'en emparaient au profit de leur expression directe. Et c'est là qu'au milieu de toutes sortes de dérapages, les "mots" reprennent leur pouvoir, un seul petit exemple:
Des tweets grossiers postés en 2013, par Rayan Nezzar ressurgissent au moment où il est devenu porte parole de LREM. Pour l'excuser, Castaner twitte immédiatement: Ce qui m'agace, c'est qu'il a un parcours génial, rare en politique, du talent et là, son vocabulaire de jeune de Montreuil le rattrape". Et le maire de Montreuil de répondre par le même canal:"M. Castaner vous êtes vraiment un narvalow, vos propos sur les jeunes de Montreuil sont indignes, méprisants et la preuve d'une méconnaissance profonde de la ville et de nos habitants".S'ensuivent des répliques à propos du mot"narvalow" ou "narvalo" dont Marianne s'est fait l'écho amusé (1).Déjà ici les conséquences "réelles" d'avoir écrit plusieurs années auparavant des tweets injurieux sont importantes, puisque R.Nezzar a dû démissionner. D'autres exemples montreraient facilement le rôle de détonateur que peut avoir un simple tweet. Or ce qui saute aux yeux dans l'usage et l'appréciation de ce media par certains politiques,c'est leur irresponsabilité. Irresponsabilité doublé d'arrogance, à plusieurs niveaux (et ce n'est pas seulement le cas de Trump) ils font comme si ce media était là pour leur obéir et transmettre leurs avis et leurs ordres au monde entier à la seconde. Et donc, ils se gardent d'alourdir leur tweet et reviennent à la forme la plus courte et la plus incisive possible.

 

Mais, pour la paix du monde, il n'est pas sûr que ce retour aux sources soit une bonne nouvelle.
 
1. Marianne, "Narvalow" ou "narvalo" ? Où l'on découvre que le maire de Montreuil n'a pas insulté Castaner" Publié le 08/01/2018 à 13:30
Genevieve Lombard Bordeaux 25 janvier 2018