Le virtuel :la présence de l'absent

sm Pour Sylvain Missonnier.
Double plaisir en commençant à lire Le Virtuel, La Présence de l’absent et les nombreuses et très intéressantes communications faites à ce Congrès de 2001 que vous avez organisé, plaisir de rencontre et plaisir de découverte.
La rencontre (ou  la rencontre renouvelée..) commence dès votre Préface , quand vous écrivez:
«A l’issue de ce parcours, un effet de miroir qui valait le détour : la virtualité du désir  individuel et collectif se dévoile avec une rare acuité dans la quête du virtuel ».
Les lecteurs d' icsweb ont pu voir ce même thème apparaître sous d'autres formes, notamment sous la forme de la découverte que la pratique du Web (comme dans les expériences sur les BBS et les News..) peut relancer différemment l’auto-analyse : « les parcours dans les News et sur le Web s’ils permettent rencontres, communications, apprentissages, développements de connaissance peuvent servir en un sens  aussi à l’auto-analyse continuée.. » 
Cette suite du travail de dévoilement de l’analyse  permet d’ accéder à ce qui est ré-animé quant au pulsionnel infantile : pulsion de voir et de savoir, formes primitives de la sublimation soudain captées par un nouveau support aussi prometteur que puissant etc
L' auto-analyse ainsi continuée(augmentée.. ?) permet aussi d’ interroger la figure de l’absent (comme ce Congrès si utile y invitait) et donc de suivre le fil de la relation d’objet et de ses avatars quand « l’objet » se présente dans une relation dite « virtuelle ».
L'apparition de ce trouble intime lié à des moments de prise de conscience de l'émergence de certains aspects peu connus du  « désir» m'a souvent incitée à limiter  la communication de mes « découvertes »…..Et comme pour moi la pratique de l’Internet  a été -dès mon premier geste- interactive (cette forme d'entrée dans le cybermonde est une chance) , j’ai pu aussi dans le même temps que je vivais des émotions inattendues  « entendre-voir » quelque chose des effets de désir chez ceux qui jouaient avec moi…
Tout cela fait que je  considère  que la formule par laquelle vous introduisez cet ensemble de travaux pourrait prendre maintenant  valeur d’axiome pour nous tous : c’est la virtualité du désir que l’expérience du virtuel dévoile.
Rencontre aussi dans les mises au point sur la notion de virtuel : les uns et les autres, nous sommes partis dans des élaborations assez mal posées , liées à nos goûts pour la philosophie que ce pseudo-concept titillait, mais il faut bien l’admettre, liées aussi à notre méconnaissance partielle des nouvelles technologies et de leurs potentialités..Il est probable que toute cette discussion notionnelle apparaîtra comme ce qui a le plus vieilli, alors que les travaux plus partiels mais plus expérimentaux, comme ceux de JL.Weissberg par exemple, nous donnent peut-être un  meilleur accès à ce qui est à penser…
C'est en ajoutant une réelle expérience du Web à leur expérience analytique que les psychanalystes vont pouvoir élaborer les idées qui permettent de penser ce qui est en train de modifier profondément  la culture et la vie humaine sur toute la planète, expérience qui leur permettra d’entendre quelque chose aux chemins que leurs analysants prennent sur le Web. Vos publications et notamment  vos « dancing babies»  me disent que nous sommes probablement assez proches  sur ce point.
Mais il est vrai aussi que le travail de  rattacher tel ou tel aspect de la pensée de l’internet à tel ou tel aspect du corpus théorique freudien  est loin d’être inutile, même si les liaisons cliniques qui seraient nécessaire nous manquent parfois..  Des formes de théorisation très variées sont à l'œuvre dans les communications de ce livre, je vais maintenant les étudier de près. J’ai commencé ici à essayer de clarifier un peu la référence à Winnicott (qui est venue spontanément sous la souris de presque tout le monde depuis Sherry Turkle en 1995).Le travail lié au fantasme me paraît une ligne de recherche  féconde et elle est très bien représentée dans votre livre, notamment par les recherches de Marie Leclaire.. Il me parait sûr aussi, comme le développe Sylvie Faure-Pragier, que toutes nos expériences appellent  des recherches sur la sublimation; beaucoup de voies sont ici possibles.. J'ai comme l'idée, encore bien embryonnaire, que la vitesse n'est pas pour rien dans les plaisirs offerts généreusement à la perception par les surfs sur l'Internet.., la vitesse liée à la co-présence mentale d'une grande diversité d'éléments, ce qui produit un appel à penser (dans des formes temporelles peut-être en cours de modification..?.).
Merci d’avoir publié tous ces travaux.
Une autre présentation de ce livre dans la version papier de Carnet Psy
Numéro 88 mars 2004

Genevieve Lombard , Bordeaux, 10 janvier 2004