Problèmes et orientations

     
  fr L'orientation d'origine de ce site, affirmée en 1998, peut être maintenue:
il parait toujours vrai que des aspects essentiels du processus de civilisation  sont entrés en métamorphose depuis la naissance et le développement du cyberspace, qu'ils demandent plus que jamais expérimentations et élaborations, et que nous pouvons trouver des matériaux importants pour les penser dans la voie tracée par Freud pour lier psychanalyse et civilisation.
Mais en 12 ans, les évolutions des différents problèmes les ont rendus plus précis et les prendre en considération est devenu plus urgent.
(maj 12 janvier 2011)
 
     
  Quels sont les problèmes apparus avec l'Internet que la pensée psychanalytique peut le mieux  étudier?  
  5 rubriques 1.Les réalités hétérogènes 2.Le temps: immédiateté et durée 3.Le travail avec l'inconscient assisté par ordinateur 4.déni, clivage, applications paresseuses 5.Freud numérique  
  1.Les entre-deux et les hétérogénéités formant le  cœur de la pensée psychanalytique, les champs communs à des "réalités" différentes ne devraient-ils pas lui être facilement accessibles ?  
  Toute la construction freudienne, une fois posée  « la réalité psychique» (dans son mode de réalité, ce qui se passe avec  l'article sur Le souvenir-écran 1899), essaie de rendre «pensables» les modes de constitution de cette «réalité» ainsi que les «passages» et «modes d'action» entre cette «réalité» et tout  le reste de l'existant. Saisir les articulations entre un monde en transformation et la vie psychique devrait nous être facilité. Paradoxe : dans les 15 dernières années, c'est plutôt le contraire qui s'est produit.  
  2.Depuis son origine, la psychanalyse est confrontée (dans sa pensée comme dans sa pratique) au travail d' articulation de ce qui est zeitlos et de ce qui se passe dans le temps.
 
  C 'est un point essentiel, car les principales transformations de ces dernières années affectent ce qui se passe dans et avec le temps.
Avant 2000, j'écrivais:
L'expérience de la presqu' immédiateté dans tout le cyberspace (avec toutes ses conséquences), les pressions liées à l'accélération de tous les changements etc.. ne pourraient-elles pas commencer à être un peu élaborées à partir de ce que nous avons appris sur les conjugaisons de l'instant et de ce qui dure.. ?
fr2  
  Peut-on craindre de l'immédiateté et de la vitesse qu'elles mettent à mal à tout jamais les magies lentes, les élaborations patientes..?
Avec les blogs, la mesure du temps de publication était encore de "l'humain ancestral " :le jour.
Blogosphere
Avec l'arrivée de Twitter,
Twittosphère
la presqu'immédiateté est devenue immédiateté. Ouverture des agendas, des carnets d'adresses, relation des faits et gestes, avis multipliés sans délai sur tout. Cette immédiateté et toutes les nouvelles habitudes qu'elle engendre, notamment dans la génération de ceux qui sont nés avec l'Internet, ne peuvent-ils pas avoir d'effets (de différentes manières) sur la pratique de la séance d'analyse elle-même? Sur la pratique de la séance d'analyse quatrième? et donc sur les deux éléments principaux de la transmission de l'analyse? Faut-il inventer alors une vigilance particulière?
 
  3.De plus (et il y a là un monde de problèmes..)  la psychanalyse a cultivé et cultive encore son propre fond quant à un certain type de « virtuel », et de «présence-absence». Mais peut-elle utiliser directement les cyber-outils?  
  Si on songe à toutes les «virtualisations» que permet l' exercice de la parole dans la circulation  «association libre-silence-interprétation» (pour ne prendre qu' un aspect des choses) on voit bien que ce virtuel-là  a  sa limite (co-présence réelle des deux partenaires de la cure, cadre, argent. etc.). Ce mode de liaison si particulier du virtuel à ce qui ne l' est pas est probablement une des forces de la pensée et de la pratique psychanalytiques.
Comment penser tous les paramètres en jeu dans la communication-cyber dès lors que son illimitation, sa dé-territorialisation, sa dé-corporéification, ne sont plus contenus dans des «cadres» vraiment repérables? Et par voie de conséquence:
Les "psychothérapies" par webcams (et payées d'avance) ont-elles encore quelque chose de commun avec la psychanalyse?
 
     
  fr3 C 'est le centre de tous les problèmes qui sont à penser, qu'ils soient théoriques ou cliniques. Je tiens pour assuré que la co-présence effective dans un même lieu des deux partenaires d'un travail psychanalytique est un incontournable et que ceux qui prétendent inventer la cyberpsychanalyse non seulement semblent n'avoir jamais vécu eux-mêmes des moments de silence ou de régression sur un divan (ils sauraient alors pourquoi ils ne peuvent vivre de tels moments essentiels à la remémoration-élaboration devant un écran..) mais encore  semblent avoir fort peu expérimenté le mode de vie intellectuelle, émotionnelle, et les modes différents de régression et de fantasmatisation que la vie sur l'écran produit.   
  Cette co-présence (en analyse comme en analyse quatrième) doit se créer en un lieu qui ne soit pas traversé (autant que possible) par autre chose que ce qui s'y passe : il ne suffit pas pour cela d'arrêter les téléphones et autres tablettes..Parmi les plus jeunes de ceux qui pratiquent les psychothérapies dite d'inspiration analytique, il y a des demandes de contrôle qui s'adressent à des analystes. L'analyste aura donc à entendre quelque chose de ces pratiques en mutation, dont la part d'illusion (comme de nouveauté) est si difficile à apprécier. Ces dédales (presqu'inévitables en début de formation) pourront-ils encore aboutir à la compréhension de ce qu'est le travail analytique proprement dit? C'est bien de la transmission de la psychanalyse qu'il s'agit.  
  4.Les psychanalystes et l'Internet  
  ll se peut que ces dérives prévisibles ne soient pas pour rien dans le fait que tous les problèmes liés à l'existence de l'Internet aient rencontré dans nos milieux psychanalytiques- plus peut-être encore que chez tous ceux qui résistent à l'évidence de la réalité en développement du cyberspace- des obstacles qui ont la délicieuse particularité de pouvoir se déguiser en vertus..
Il y a eu d'abord un déni massif des changements que l'existence du cyberspace allait produire et des problèmes qu'il nous pose, le refus surtout d'en apercevoir la nouveauté et en cela, les psychanalystes (pour ce que j'ai pu en comprendre durant ces dernières années..) n'ont fait ni mieux ni plus mal que la plupart des gens.. Mais- ce faisant- ils ont mis en lumière  des positions qui tenteraient de faire passer l' ignorance (qui comme Lacan l'a bien dit est la passion de « ne pas vouloir savoir») pour prudence toute psychanalytique...Actuellement ce déni peut avoir comme conséquence le repli sur soi et sur les pratiques habituelles de la psychanalyse depuis des décennies, en se séparant des marges où évoluent tant bien que mal ceux qui pensent que l'Internet fait partie du monde.
Avec le déni va le clivage, le refus peut tout aussi bien se transformer en une sorte d'engouement aveugle, laissant le champ libre à ceux qui se présentent comme les experts techniques.
L'autre écueil est l' « application » des concepts de la psychanalyse, sans expérience suffisante des choses auxquelles ces concepts sont appliqués (parler « dessus » sans avoir été  «dedans»..), ce qui ne peut que brouiller les champs. Rebondissent ici tous les anciens débats à propos de  la psychanalyse dite « appliquée» mais à une échelle bien différente, car l'objet dont il s'agit maintenant (le cybermonde) n'est pas un simple département de la culture.
 
  5.Freud numérique  
  J'ai commencé à étudier cette question l'été dernier
Freud numérique
A ma grande satisfaction, plusieurs aspects ont progressé , des contrats différents et intéressants (avec Google notamment) ont vu le jour ou sont en discussion . Seul regret, on n'entend pas de psychanalystes essayer de participer aux discussions et dire comment ils voient les choses.
 
  Je vais continuer de réfléchir autour de ces 5 axes, et ferai de temps en temps une mise à jour générale.  
         
  Geneviève Lombard , Bordeaux , mise à jour le 10 janvier 2011
En archive, la première forme de ces arguments Janvier 1998.